Hier un certain nombre d’agriculteurs protestaient avec un mot d’ordre : s’opposer à l’État qui porterait atteinte à la liberté d’entreprendre. Vive la fin des quotas laitiers disaient-ils en 2013 ! Aujourd’hui ces mêmes agriculteurs prient quotidiennement leur « persécuteur » pour qu’il fasse entendre la voix de l’agriculture française à Bruxelles. Le monde agricole est en souffrance, mais c’est vers d’autres réformes qu’il nous faut aller, en modifiant le système d’aide et en promouvant une agriculture respectueuse de l’humain.
Les subventions européennes sont, depuis 2003, versées en fonction du nombre d’hectare d’une exploitation. Ainsi nous n’aidons pas les agriculteurs mais les capitalistes fonciers. Mais est-ce normal qu’un céréalier, seul actif sur son exploitation, touche plus d’aides européennes qu’un éleveur ou un maraîcher qui compte plusieurs actifs dans son entreprise ? Serions-nous en période de plein emploi pour nous permettent une telle politique ? Ainsi, nous le voyons, la Politique Agricole Commune (PAC), dans sa forme actuelle, est aberrante et coûteuse (100€ par citoyen européen et par an). Il est donc nécessaire de revoir ce soutien.
Une réorientation des aides compensatoires des hectares vers les actifs permettrait à l’agriculture européenne d’être durable. A court terme, une économie des dépenses européennes doit être mise en place en instaurant une politique de revenu minimal. Cette dernière limiterait le montant des aides par exploitation.
Ce choix réorienterait les aides vers l’élevage, ce qui pourrait maintenir l’attractivité de certaines zones rurales défavorisées. L’emploi serait aussi « boosté ». S’il existe une tertiarisation de l’économie et une désindustrialisation en France, une chose est certaine, nous aurons toujours besoins de produire des denrées alimentaires pour la population. Nous devrions être « fou » pour porter atteinte à notre souveraineté alimentaire.
Les exploitations à taille humaine seraient enfin valorisées en arrêtant les aides à l’hectare. Il ne sera pas nécessaire de s’agrandir pour être compétitif, sans prendre en compte l’emploi et l’environnement. Nous devons et pouvons changer les systèmes de productions agricoles pour qu’ils soient bénéfiques pour l’économie, l’environnement, l’emploi et les territoires ruraux. Cela même si les systèmes industriels de transformation et de distribution sont encore difficilement modifiables.
En attendant une nouvelle PAC, chers agriculteurs manifestants, continuez à supplier l’État que vous rejetez si souvent. Si vous voulez lutter, menez votre combat pour une réorientation des aides afin de permettre l’émancipation des agriculteurs, car l’agriculture sur le chemin actuel se tue.

MIEUX COMPRENDRE LE CONTEXTE
1) Les évolutions du système de subventionnement

Pour bien comprendre le contexte, depuis 1992 les agriculteurs reçoivent annuellement des aides compensatoires. De 1962, année de la mise en place de la Politique Agricole Commune à 1992, les agriculteurs vivaient avec des prix à la récolte assurés par l’Europe. En 1992, la PAC s’est réformée pour répondre aux exigences du commerce international1. Et en 2003, il a été acté de réformer une nouvelle fois la PAC pour qu’il n’y ait plus d’aides compensatoires à la production. Ces dernières étaient jugées déloyales par l’OMC. Cette évolution de la politique agricole dite réforme du Luxembourg a instauré des nouvelles aides pour aider l’agriculture européenne. Les « Droits à Paiement Unique» sont apparus. Ces nouvelles subventions sont attribuées à l’hectare. Vous l’aurez compris un éleveur qui a une structure avec peu d’hectares, car vivant des productions animales, aura moins d’aides compensatoires qu’un céréalier qui exploite 300 hectares.
2) Des exploitations respectueuses de l’environnement

Sur une exploitation de taille restreinte, il est tout à fait possible d’utiliser des procédés alternatifs comme le désherbage mécanique et non chimique, chose qui est impossible sur une exploitation de 400 ha. S’il existe la compétitivité par les coûts en passant des économies d’échelle, il est tout à fait possible de réaliser une compétitivité hors coût, le consommateur choisira le produit pour sa réputation ou encore sa qualité et non pour son prix. Nous le constatons par le développement des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne.

1Depuis 1986, les instances internationales pensaient à incorporer l’agriculture dans le marché mondial. Ce fut chose faite en 1994 avec le traité de Marrakech et la création de l’Organisation Mondial du Commerce.

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