Les publications scientifiques sont le nerf de la recherche pour nos chercheurs : elles permettent non seulement de faire connaître leurs travaux, mais aussi de trouver d’autres recherches liées aux leurs pour les comparer, réfuter, améliorer. Bref, elles construisent la connaissance scientifique. De plus, la notoriété de chaque chercheur est déterminée en fonction du nombre de publications et de leur portée mesurée par le nombre de citations dans d’autres publications. Cette « note » permet en pratique aux chercheurs de pouvoir candidater à certains postes.

Mais voilà, plutôt que profiter à la connaissance, ces publications profitent surtout aux éditeurs scientifiques qui font travailler gratuitement – comprendre “au frais de l’Etat” – des chercheurs pour évaluer les articles d’autres chercheurs, également écrits avec les deniers publics. Ces mêmes articles sont ensuite facturés à quiconque souhaite les consulter, y compris pour les universités d’origine des chercheurs impliqués dans le processus, qui se voient ainsi dépossédés de leurs droits d’auteurs ! Business model innovant ou trou sans fond pour les finances publiques ?

Force est de constater que les éditeurs ne connaissent pas la crise. Loin de là ! Prenons l’exemple du leader mondial, Elsevier, qui possède 16 % des publications scientifiques, et dégage 34 % de marge, soit plus de 870 millions d’euros. Ses bénéfices ne font qu’augmenter : avec la dématérialisation des revues publiées en ligne, les coûts des éditeurs se sont effondrés, tout comme le budget des universités françaises “grâce” à la loi Pécresse sur l’autonomie de ces établissements. Malgré cela, la France paye (ou gaspille) 170 millions d’euros par an pour accéder aux seules publications d’Elsevier, publications coproduites par les chercheurs français, avec de l’argent public ! 

Alors, quelles solutions pour stimuler la recherche sans ruiner l’État ? Certaines revues proposent aux auteurs de payer (plusieurs milliers d’euros chez Elsevier) pour publier en accès libre leur article, une fausse solution. En France, la récente loi Numérique a permis quelques avancées : les chercheurs ont le droit de mettre à disposition sur internet leurs travaux, s’ils sont au moins financés à moitié avec de l’argent public ou des subventions européennes, 6 mois après publication pour les sciences dures et 12 mois pour les sciences humaines et sociales. En Hollande, le gouvernement, soutient ses chercheurs et prône pour une diffusion libre du savoir, alors même que Elsevier est un entreprise hollandaise ! En Allemagne, l’exclusivité des éditeurs est limitée à 1 an. D’autres chercheurs ont lancé des « hubs » pour mettre en ligne librement leurs travaux sans passer par les revues classiques, mais les évaluations pour noter les chercheurs et laboratoires ne se focalisent pas dessus, et même, dans les cas extrêmes, ne les prennent pas en compte.

Les Jeunes Radicaux de Gauche saluent vivement la politique avancée par l’Union européenne : en effet,  tous les articles européens devront être en libre accès en 2020. Et nous demandons que la France mette en  œuvre cette politique d’ouverture. Autoriser est une chose, faire vivre effectivement ces opportunités de partage en est une autre. Les chercheurs doivent être sensibilisés au partage de leurs travaux en ligne, et formés à l’utilisation des principaux outils. De plus, la création par l’État d’un portail en ligne unique permettrait aux chercheurs de mettre à disposition leurs travaux pour les autres chercheurs, mais aussi pour les citoyens. L’éducation et la connaissance sont les piliers principaux de la lutte contre l’obscurantisme : ne les étouffons pas !

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